Épisode · Publié le 07/01/2026
Kiosque à musique de Vernon : cent ans de silence… et un secret bien vivant
À Vernon, on passe parfois devant lui sans le regarder. Pourtant, ce kiosque à musique a tout d’un décor de film : du “bois” sculpté… qui n’en est pas, une lyre disparue, des décisions municipales qui traînent, et une inauguration qui a fait battre le cœur de la place. Aujourd’hui, on remonte le fil : […]
À Vernon, on passe parfois devant lui sans le regarder. Pourtant, ce kiosque à musique a tout d’un décor de film : du “bois” sculpté… qui n’en est pas, une lyre disparue, des décisions municipales qui traînent, et une inauguration qui a fait battre le cœur de la place. Aujourd’hui, on remonte le fil : d’une simple estrade en bois à un ouvrage en rocallie qui attend encore ses refrains.
Un kiosque à musique à Vernon, oui… mais pas n’importe lequel
Le kiosque à musique de Vernon est installé place de la République. Et si vous l’observez de près, vous voyez vite ce qui le rend unique : cette texture d’écorce, ces poteaux “en bois”, cette impression de petit refuge bucolique au milieu de la ville… alors qu’il s’agit d’un travail de ciment et de béton armé typique des décors de rocaille/rocallie (souvent appelés “ciment faux bois”).
À retenir : le kiosque n’est pas seulement un “joli monument”. C’est un morceau d’histoire urbaine, né de débats, de budgets et d’un choix technique audacieux.
1879–1883 : au départ, une idée… puis une estrade en bois
Tout commence à la fin du XIXe siècle. En octobre 1879, le conseil municipal rêve d’un kiosque à musique. Mais entre le souhait et le chantier, il y a un grand classique : le budget. Quatre ans plus tard, la solution est plus simple (et plus économique) : une estrade en bois, montable-démontable.
C’est un détail qui dit beaucoup : à l’époque, la musique n’est pas un “bonus”. Elle fait partie des rythmes collectifs (fanfare, cérémonies, dimanches, rassemblements). On veut un lieu pour ça… même si l’on doit démarrer modestement.
1921 : deux projets, deux factures… et une ville qui temporise
Au début des années 1920, le sujet revient sur la table. En 1921, Vernon étudie plusieurs pistes. L’une d’elles consiste à acheter un kiosque “tout fait” (type kiosque en fonte). L’autre : faire construire un kiosque neuf.
Et là encore, le nerf de la guerre tranche : trop cher, on attend. Ce moment est important, parce qu’il prépare le terrain à la solution qui va tout changer : un projet moins coûteux, mais techniquement plus surprenant.
1922–1924 : le coup de poker Coutard et la naissance du “béton-bois”
Septembre 1922 : un projet qui casse les codes
En septembre 1922, un certain M. Coutard, spécialiste du ciment armé, propose une maquette. Finies la fonte et les solutions standard : il présente un ouvrage d’art en rocaille — autrement dit, une structure en ciment/béton travaillée pour imiter le bois, l’écorce, la nature.
7 mars 1923 : on choisit l’emplacement
Le projet est retenu, et le 7 mars 1923, l’emplacement est acté.
Une inauguration dans les années 1920
Selon les sources locales, le kiosque est inauguré en 1924 et sert notamment de cadre à des musiques lors d’événements et cérémonies.
Rocaille / rocallie : pourquoi ce kiosque ressemble à du bois alors que c’est du béton ?
La “rocaille” (ou “rocaillage”) et les décors de faux bois en ciment sont une vraie tradition : on modèle un mortier de ciment sur une armature (fer/grillage) pour obtenir des textures naturelles (écorce, rocher, branches). C’est un art à la fois populaire et technique, très présent dans l’ornementation des jardins et du mobilier urbain de la fin XIXe–début XXe.
Dans le cas du kiosque de Vernon, cette esthétique fait plus que “décorer” :
- elle adoucit la structure (on n’est pas sur un kiosque industriel),
- elle l’intègre à la place comme un petit îlot de parc,
- elle crée une identité immédiatement reconnaissable.
La lyre disparue : volée, envolée… et symbole fort
Un autre détail nourrit la légende locale : une lyre (symbole musical) couronnait autrefois la toiture du kiosque. Elle a disparu — et l’histoire a laissé place au mystère.
Ce que ça change concrètement pour vous (habitants de Vernon)
- La prochaine fois que vous passez place de la République, regardez le kiosque “comme un détail de musée” : la texture, les nœuds du faux bois, les reliefs.
- Si vous êtes musicien (ou dans une asso), retenez l’idée simple : ce lieu est fait pour être habité. Certaines sources rappellent qu’il accueille ponctuellement des prestations lors d’événements, mais qu’il reste souvent silencieux hors cérémonies.
- Et si vous aimez l’histoire locale : ce kiosque est un cas d’école des arbitrages municipaux (ambition, budget, innovation) qui façonnent la ville.
FAQ – Kiosque à musique de Vernon
Où se trouve le kiosque à musique de Vernon ?
Il se situe place de la République à Vernon.
De quand date le kiosque à musique ?
Le projet retenu est présenté en 1922, l’emplacement est acté en 1923, et le kiosque est généralement donné comme inauguré en 1924.
Pourquoi a-t-il un aspect “bois” alors que c’est du ciment ?
Parce qu’il relève de la rocaille/rocallie : une technique de mortier de ciment travaillé pour imiter la nature (faux bois, écorce, rocaille), très en vogue à la fin XIXe–début XXe.
La lyre au-dessus du kiosque a-t-elle vraiment existé ?
Oui, des sources locales indiquent qu’une lyre couronnait la toiture et qu’elle a disparu.
Y a-t-il encore des concerts au kiosque ?
D’après des sources locales, le kiosque accueille ponctuellement de la musique lors de cérémonies/commémorations, mais reste souvent silencieux le reste du temps.